Le contrat et la vertu
L’idée de contrat se comprend mieux par le biais d’une expression synonyme : l’obligation réciproque. Et pourquoi pas contrainte réciproque ? Ces deux mots ne sont-ils pas équivalents ? Pas tout à fait. La contrainte exprime une pression extérieure indépendante de mon accord ou même de la compréhension que j’ai de ce qui la provoque. L’obligation , elle, n’existe que dans la mesure où le bien-fondé de ses raisons m’est suffisamment connu, même si les modalités d’application ne paraissent pas toujours équitables.Ainsi, j’ai l’obligation de payer des impôts. Certes, je sais que, si je ne m’en acquitte pas volontairement, je serai contraint de le faire, comprenant (à mon grand regret ?) que les membres d’une collectivité doivent contribuer à son entretien, faute de quoi elle cesserait d’exister. Que je sois d’accord sur l’usage et l’importance des sommes ainsi collectées est un autre problème. Autrement dit, si l’individu que je suis s’entête à ne pas payer ses impôts, le même sait (avec ou sans remords) qu’il fuit ses obligations.
Le contrat se présente comme une obligation personnelle accompagnée de la connaissance que j’ai de l’obligation que l’autre partie contracte à mon égard. En fait, tout contrat devient rapidement une épreuve pour l’individu qui y souscrit. Plus que de raison, aux avantages escomptés succèdent les inconvénients propres à tout donnant-donnant. Au sentiment d’euphorie initial, qui pousse encore davantage au désir du contrat sur le thème : j’en ai les moyens, les capacités… la bonne volonté, succèdent non pas tant l’imprévu que les aspérités du vécu, mal évaluées dans l’optimisme initial. Aujourd’hui, nous ne sommes plus la personne que nous étions hier. Demain, encore moins. Chacun, au fil des ans, plus ou moins fortement, il est vrai, vit cette difficulté d’honorer ces contrats tant désirés.
Comment dire avec force : « Je maintiendrai » ? Par la vertu, au sens latin du terme. Le contrat, pour se survivre, appelle un effort qui bouscule celui que je suis présentement. Ce faisant, il trempe mon caractère, développe ma « vertu », c’est-à-dire ce qui fait mon humanité. C’est vrai du mariage, du désir d’enfant avec ce que cela suppose de contractuel, du contrat d’emploi, de tous ceux qui, implicites, tissent nos liens sociaux. Au départ, avantageusement, « ils vont de soi ». Puis le temps, rongeur obstiné de nos idéaux, de nos projets, de nos sentiments, fait son œuvre. Qu’avons-nous à lui opposer ? Notre vertu. Ce n’est pas rien, c’est rarement assez.







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