mercredi, octobre 18, 2006

Information ou propagande ?

Etymologiquement, informer signifie « mettre en forme ». Ainsi, l’instruction consiste à mettre en forme l’enfant pour l’adapter au monde dans lequel il vit. Aristote (384-322 av. J.-C.) expliquait que, dans l’engendrement, la femme apportait la matière et l’homme la forme. Il informait une chair indifférenciée pour la façonner en un individu distinct.

Etymologie et sémantique s’enchaînant – sans ces dérives de sens auxquelles on assiste parfois –, information signifie ce qui met en forme notre connaissance du monde extérieur. Cela dit, il faut être attentif à l’aspect passif de l’information. On reçoit de l’extérieur quelque chose qui nous modifie, comme le sculpteur qui donne forme à un bloc de pierre.

Propagande signifie étymologiquement répandre avec force. Pagere (pangere) exprime l’idée d’enfoncer, de ficher (en terre). D’origine ecclésiastique ce terme désigne l’action visant à développer le domaine de la foi. Actuellement, il a une connotation péjorative dans la mesure où il implique l’usage de tous les moyens pour faire accepter une opinion donnée.

Comme on le voit, au départ, information et propagande sont pratiquement synonymes. Chaque fois, il s’agit de façonner l’opinion d’un individu. Une différence subsiste cependant. Si l’information porte sur quelqu’un qui n’a pas conscience d’être ainsi modifié, la propagande est vécue comme la volonté d’une autorité d’imposer certains énoncés.

Bref, il est plus difficile de se garder de l’information que de la propagande, d’autant plus que je ne puis me passer de connaître ce qui se passe autour de moi. Il me faut donc abandonner la passivité et me façonner (m’informer) avec les moyens intellectuels dont je dispose, sachant qu’une part de ceux-ci m’a été fournie par l’éducation, la coutume et les habitudes. Autrement dit, je reste en partie façonné par mon environnement.

La conscience de cette situation initiale de passivité me permet de la surmonter… mais jamais totalement. Pour ce faire, je m’interrogerai sur le sens de ce que je reçois en réclamant davantage que ce qu’on me présente comme des faits. Au-delà d’une affirmation qui se veut factuelle, je chercherai les interprétations qu’elle peut engendrer. Autrement dit, le débat, seule façon de m’informer sans être soumis à l’information-propagande. Ce procédé doit me permettre avec mes moyens – que ce type d’exercice ne manquera pas de développer – d’évaluer la signification, pour moi, de ce qu’on me présente comme un fait.