lundi, octobre 30, 2006

A force de progrès, les hommes s’éloignent de la Nature…

Que veut-on dire par « les hommes » ? S’agit-il d’un rassemblement d’hommes, semblable à un empilement de morceaux de bois ? Nullement ! Le monde de l’humain, dans le temps et l’espace, n’est pas que la somme des individus qui le compose. Il se constitue – c’est-à-dire qu’il prend sens – à travers ce qu’ils produisent de leurs mains, dans un malaxage conflictuel de traditions, de souvenirs personnels et collectifs, d’accumulations de savoirs et de règles d’organisation entre individus et entre groupes sociaux.

Parler « des hommes » est moins porteur de sens que de parler de la société humaine en devenir. Autre point à éclaircir : pourquoi affirmer que c’est un mal de s’écarter de la nature ? Le contraire ne serait-il pas plus vrai ? Un homme abandonné, nu, au cœur de la forêt amazonienne pourrait-il y vivre plus de quelques heures ? Qu’est-ce que la civilisation sinon le passage de la cueillette à l’agriculture, des clans de chasseurs à la ville, c’est-à-dire un éloignement continu de la nature.

Quant à l’idée de progrès, elle désigne une situation considérée comme plus profitable que celle que l’on connaissait avant. Sur ce point, il n’y a pas d’accord pour dire que telle situation nouvelle est préférable à celle qui pré-existait. Pour certains, la consommation est un bienfait, pour d’autres… son contraire. La mondialisation est-elle un bien ou un danger ? Pour vivre mieux ensemble, ceux-ci misent tout sur la tolérance, ceux-là sur le droit imprescriptible à la sécurité. Tous, ils sont persuadés d’avoir raison même s’ils ne mettent pas les mêmes choses derrière les mêmes mots.

Reste la question du rapport de la nature à l’être humain. Ce dernier n’est pas que biologique. La part sociale-pensante de l’individu se manifeste par une création continue de produits matériels et de rapports intellectuels qui ne sont pas de la nature, mais de l’homme. Dès ses origines, l’humanité se définit comme l’au-delà de la nature. Pourquoi vouloir, aujourd’hui, détourner le binôme homme-société de cet éloignement progressif d’avec la nature ?

Cette clarification n’enlève rien au sérieux du questionnement sur la capacité de l’homme à se gouverner. Ce problème ne concerne pas, directement, le rapport homme-nature, mais bien l’humanité dans ce qu’elle a en propre.