lundi, septembre 18, 2006

Théorie ou abstraction ?

Ces deux termes ne peuvent être utilisés l’un pour l’autre, car ils mettent l’accent sur des aspects différents de l’activité mentale.
A partir d’informations communiquées par nos sens, notre esprit met en valeur – abstrait – des similitudes. Pour mieux les faire ressortir, il élimine les autres données. Bref, il se limite à souligner certains traits d’un objet. Quand nous insistons sur l’aspect triangulaire de certaines choses, nous faisons abstraction d’autres informations pour ne retenir que celle relative à leur forme. Cette opération, notre cerveau le fait automatiquement.

A un second niveau, l’abstraction est plus volontaire. Elle résulte de notre souci de trouver une cohérence en fonction de critères que nous choisissons. Ainsi, en cherchant à définir « l’action courageuse », nous allons énumérer des critères de comportement, faisant abstraction de tout autre élément d’appréciation. Le côté réducteur et d’une certaine façon, arbitraire de ce procédé est évident. C’est pourquoi, bien que nous usions de la facilité d’abstraire, nous nous en méfions, pensant, à juste titre, que la réalité est plus riche.

La fonction de la théorie est très différente. Pour ce faire, il faut remonter au philosophe grec Platon. Pour lui, la théorie c’est la procession des idées, idées plus vraies que l’apparente vérité de nos perceptions matérielles. Cette prééminence de l’idée sur la réalité concrète est, si je puis dire, à double détente.

D’une part, le sens que nous donnons à nos actes, aux événements qui nous entourent, à l’histoire dont nous sommes les enfants est constitué par un ensemble d’idées (d’opinions) préexistantes à nous. Situation obligée. Personne ne peut prétendre donner sens au monde dans lequel il vit sans ces idées organisatrices.

D’autre part, un second aspect de la théorie s’impose. Là, nous faisons plus que recevoir des idées communes. La théorie s’identifie à une construction intellectuelle que nous mettons sur pied pour faire face à un problème. Elle devient littéralement notre capacité de construire notre avenir comme un architecte élabore le projet d’un nouvel habitat. C’est sur papier, cela n’a jamais existé, mais cela deviendra une réalité par la seule puissance de notre pensée créatrice.

Si l’abstraction me permet de donner sens à l’information sensible, la théorie m’apporte et l’intelligence du monde et la possibilité de bâtir mon avenir en en dressant les plans.