Les fourmis nous envahissent
Un étrange peuple miniature a envahi l’Europe. Des milliards de fourmis d’Argentine (Linepithema humile), sur plus de 6.000 km, formant une surprenante supercolonie. C’est ce qu’on découvert des chercheurs français, suisse et danois, après deux ans d’observation sur le terrain et en laboratoire. De l’ouest de l’Espagne à l’Italie en passant par la France, des millions de nids communiquent les uns avec les autres, créant ainsi un gigantesque réseau continu.
« Les supercolonies sont connues depuis longtemps, mais celle-ci est impressionnante », affirme Luc Passera, spécialiste des fourmis et professeur émérite de l’université de Toulouse.
Les fourmis d’Argentine sont arrivées en Europe vers 1920, par hasard. A nouveau milieu, nouveau comportement. Dans leur habitat normal, les fourmis d’Argentine de nids différents s’entretuent en quinze secondes. Au sein de la supercolonie, aucune trace d’agressivité.
Les fourmis sont assez proches génétiquement pour se reconnaître ; une fourmi italienne peut identifier une fourmi d’Espagne grâce à une odeur sécrétée à la surface de sa cuticule. Pourquoi cette amitié soudaine entre fourmis ? Les chercheurs ont noté une perte de diversité génétique qui touche les gènes responsables de l’odeur. Cette supercolonie pourrait nuire à la biodiversité des côtes méditerranéennes : les fourmis d’Argentine éliminent 95 % des fourmis indigènes, en monopolisant les sources de nourriture. Autre nuisance : elles dévalisent les garde-manger des habitations. A raison de 200 mètres par an, rien n’empêchera la supercolonie de poursuivre son chemin du côté italien. A l’ouest, le froid devrait les empêcher d’aller au-delà de la Galice.







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