vendredi, mars 25, 2005

Baccio Pontelli, "Studiolo"

Baccio Pontelli, « Studiolo » (1476, Palazzo Ducale, Urbino ; bois)


Frédéric de Montefeltro, duc d’Urbino, voulut un palais à la mesure de ses ambitions politiques et intellectuelles ; et dans ce palais un cabinet appelé studiolo, réservé au loisir du condottière et à quelques rares hôtes : petit bureau haut perché entièrement orné de boiseries marquetées de livres, armures, perroquets en cage, instruments de musique, accumulation de natures mortes virtuoses et de symboles érudits.

Dédicataire de la traduction de « la République » de Platon par Marsile Ficin, Frédéric s’intéressait à l’architecture et à la musique ; il avait accumulé près de mille manuscrits, et sa bibliothèque comptait tous les classiques de l’époque. On les retrouve parmi les livres représentés en trompe-l’œil dans une des boiseries du studiolo : on reconnaît ici une Bible, un volume de Marcus Tullius Cicéron (Tulio), un de Sénèque (Senaca), Duns Scott (Scoto), et à gauche Virgile (Virgilio) et Homère (Omero).

Les gros volumes ne sont pas bien alignés : leur empilement hasardeux indique une fréquentation amicale, matérialisée par le plumeau posé à droite ainsi que par les billets manuscrits qui traînent, notes de lecture, traces d’un dialogue continu. Une bougie et un sablier, emblèmes du temps qui passe, transforment la bibliothèque en vanité, et la lecture des classiques en méditation.

Car le studiolo n’est pas une simple salle d’étude où se disposent les emblèmes de la pensée : celui qui se tient entre les parois de cet espace clos est projeté à l’intérieur d’une tête idéalement « bien faite ».